“La musique commence là où s'arrête le pouvoir des mots.”

Richard WAGNER

Cercle Richard Wagner Annecy-Savoie

“La musique commence là où s'arrête le pouvoir des mots.”

Richard WAGNER

In Mémoriam Chantal Lansard

Chantal Lansard nous a quittés,

Elle avait cofondé le Cercle Wagner d’Annecy-Savoie avec Marcel Dijoud, elle l’a littéralement incarné pendant de très nombreuses années. Incarné, parce que tout en elle était amour de la musique, de l’opéra, de Wagner en général, et même de Parsifal en particulier. Une représentation de Parsifal annoncée en Europe ? Elle y était, c’était impossible autrement ! Elle a « transporté » en tous les sens du terme nombre d’amateurs plus ou moins éclairés dans les voyages qu’elle organisait : Bayreuth, d’abord et avant tout, mais aussi Münich, Baden-Baden, Prague, Savonlinna, Wells... C’était une éclaireuse, une « transmetteuse », partageant généreusement ses expériences et connaissances avec tous, même ceux qui ne savaient pas lire une partition.

Nous espérons que le Cercle continuera ces missions qu’elle assumait. Si nous n’avons pas toutes ses compétences, nous avons l’enthousiasme qu’elle nous a transmis.

Merci à elle.

Vous trouverez ci-après le texte d’une conférence donnée en 2020 par Chantal Lansard, résumée par Bruno Perrier, qui fait partie des premiers membres du Cercle.

L'orchestre Wagnérien : conférence de Mme Chantal Lansard le 18 mars 2000.

Un extrait de la Flûte enchantée puis de Guillaume Tell, précédant un extrait de Parsifal, servent d'entrée en matière et permettent d'exposer la problématique de la conférence : si l'orchestre Wagnérien est facile à reconnaître, on en méconnaît généralement la spécificité, ou, pire on n'en retient que quelques morceaux réputés bruyants, entendus ailleurs que dans une salle d'opéra. Tant de méconnaissance et d’incompréhensions appellent une mise au point.

Pour répondre à cette nécessité, notre présidente a traité dans une première partie de la place de l'orchestre et de son évolution dans la dramaturgie wagnérienne, illustrations musicales à l'appui. Ceci nous permet d'écouter les premières innovations de la Défense d'aimer, puis les développements à caractère symphoniques du Vaisseau et de Tannhäuser (qualifiés à l'époque de tintamarre !). Le chromatisme de Tristan est un moment majeur de l'histoire de la musique, mais on doit également remarquer l'importance des bois. L'aboutissement de Parsifal fait entendre un orchestre qui enveloppe la trame chantée et la double à la manière d'un écho ; les cordes sont magnifiquement utilisées de façon qui les rend parfois plus perceptibles par leur vibrato que par leur chant. On peut aussi observer le contraire : le prélude de Lohengrin en fournit la parfaite démonstration.

Les leitmotive sont ensuite analysés : ils sont généralement confiés aux vents et aux bois, mais ceci n'exclut pas non plus à l'occasion l'usage des cordes (murmures de la forêt). Outre le choix des instruments Wagner sait également jouer sur les rythmes et parfois de façon très sophistiquée : rythme binaire des Géants et rythme ternaire de la forge qui se superposent dans l'Or du Rhin.

Autre aspect caractéristique de l'art wagnérien les rapports entre l'orchestre et le texte chanté sont analysés sous le double aspect de la particularité d'une prosodie usant largement de l'allitération et de son rapport étroit avec les développements orchestraux, comme si le verbe était sculpté autour de la musique.

Ces considérations amènent à l'étude du rôle du chef d'orchestre, élément clef de toute interprétation wagnérienne, et de la liberté dont il dispose. Le plus important reste la nécessité de respecter la continuité de l'œuvre et, en conséquence, de ne jamais donner l'impression de jouer un extrait. La façon de conduire cet orchestre aux dimensions impressionnantes (parfois plus de 110 musiciens dans la fosse) évolue vers une direction plus aérée. Les prestations de Pierre Boulez à Bayreuth marquent à cet égard un tournant historique. Les chanteurs peuvent s'exprimer avec plus de finesses et de nuances, ce que ne rendait pas toujours possible la direction, peut être un peu lourde, de quelques prestigieux anciens. Les inconvénients ne doivent pas cependant être ignorés, car ceci permet de masquer certaines défaillances qui ont permis, à quelques uns, de faire un temps illusion.

Quelques considérations et précisions diverses portant notamment sur le Tuba Wagnérien (prétexte à écouter un peu de Bruckner) et la durée des interprétations ont complété cette conférence, qui a permis à notre présidente de faire partager sa passion.

Le rédacteur de ce compte rendu et les auditeurs savent bien cependant que la passion ne suffit pas et tiennent à la remercier de l'importance du travail accompli qui, à leur grand plaisir, a été à la hauteur du résultat.

Bruno Perrier