Conférence de Pascal Huynh
Vers 1927, on est dans une période de stabilisation de la République de Weimar (après les troubles qui avaient suivi la Grande Guerre) et l’Allemagne se remet de la crise économique et de l’inflation.
A Berlin on assiste à un foisonnement de musique, de compositeurs et d’interprètes. Kurt Weil est l’une des figures les plus marquantes mais tous se dressent contre le romantisme et les opéras de Wagner. En 1927, K. Weil écrit un article dans un grand quotidien allemand qui va marquer la période.
L’actualité de l a musique se veut parallèle à l’évolution du langage. La question est la fonction même de la musique. Il faut donc lutter contre le pathos et la redondance de Wagner. On va écrire des opéras de 50 minutes ! Une véritable compression du temps… Il faut écrire pour un nouveau public, une nouvelle génération, avec des formes qui leur ressemblent. C’est un courant qui succède à l’expressionnisme.
Un exemple « Le vol de Lindberg », avec une référence à la vie ouvrière. Texte de B. Brecht, musique de K. Weil et Hindemith.
On rejette aussi Strauss pour des compositeurs plus jeunes qui s'adressent à de nouvelles couches de la population.
Dès 1925 « Woyzeck » est créé à Berlin et il se détourne de la musique atonale du début du siècle. Et en 1927 il faut adapter les musiciens à la société (comme les pièces de théâtre de B. Brecht).
Dans un opéra expérimental on utilise un saxophone, des morceaux de films etc... car en même temps on prône un mode de vie inspiré de USA, visible dans tous les arts. On veut une nouvelle objectivité, qui correspond à la prospérité de l'Allemagne, à l'influence du cinéma, de la technique. « Mahoganny Songspiel » de B. Brecht et K. Weil est créé en 1927.
Au printemps 1927, 2 opéras courts sont écrits en anglais avec des intégrations de musique savantes dues au jazz. (Il y avait eu en 1925 des tournées d'artistes noirs (les « Chocolate Kiddies ») en Allemagne. Dans ce genre, « Johnny spielt auf » de Krenek est un grand succès à l'opéra de Vienne. Il est ensuite diffusé sur les nouveaux canaux comme la radio.
Les traditionalistes s'élèvent contre cette musique qui deviendra un symbole de la dégénérescence pour les Nazis (voir l'affiche de l'exposition « Art dégénéré » de 1938).
Un des gardiens de la tradition romantique est Korngold qui compose un grand opéra en 1929 , « Le Miracle d'Helliane » avec le même cadre formel qu'avant.
Un autre opéra expérimental est « Maschinist Hopkins » de Max Brand. Il s'inscrit dans le courant machiniste avec des figures masculines liées au destin des machines. « Je n'aime que le fer... que la machine » chante Hopkins.
Ces opéras suscitent énormément de critiques, y compris parmi cette génération. Il y a un manque de cohérence dans le mouvement. Il représente l'esprit du temps mais cela durera-t-il? B. Brecht, anarchiste au début, adhère au marxisme en 1929. Il écrit alors une version longue de Mahoganny, qui reflète les problèmes sociaux et sera créé à Leipzig. Il veut tenter de ressusciter l'opéra primitif. Cette deuxième version est totalement tonale. C'est une sorte de collage d'éléments hétérogènes. Il sera représenté six fois puis modifié. En fait il est plus adapté au cabaret qu'à l'opéra.
Entre 1925 et 1929, il y a 3 opéras à Berlin dont un qui monte des opéras du répertoire de façon originale. Mais après la crise de 29 et la montée du nazisme, tout va changer...
Notes de MF Bachasson




