Le leitmotiv chez Wagner est loin d’être un simple outil de reconnaissance d’un personnage ou d’une action. Il n’est pas là pour simplement émouvoir mais aussi pour faire réfléchir. Au début de sa carrière de compositeur, Wagner était plus tourné vers le mouvement romantique. 1943 marque une rupture dans son oeuvre. A partir de là, la poésie vient nourrir la musique de façon constante.
Le leitmotiv est un objet protéiforme : il est à la fois vocabulaire et grammaire. On a d’abord un rythme puis une mélodie (harmonies, arpèges etc..). La mélodie peut être complexe ou simple, liée à un personnage ou à un sentiment ou à une atmosphère. Elle peut être polysémique, liée à un personnage + une action. Un même motif peut condenser plusieurs sens.
Certains motifs sont très présents, d’autres sont rares. Ils sont parfois associés à un langage musical commun (à un instrument par exemple).
Le leitmotiv ne vient pas dédoubler une action. Il exprime ce que l’action suggère et ne peut pas dire, un peu comme le chœur dans la tragédie grecque.
On a un problème avec la désignation du leitmotiv. Pour la Tétralogie, un répertoire des leitmotivs a été publié. Mais c’est un lexique figé et il est facile de se tromper. Au mieux on en réduit le sens.
Par exemple, pour le personnage d’Albérich dans « L’Or du Rhin », on parle du motif « renoncement à l’amour ». Mais on l’entend aussi dans la grande scène de « La Walkyrie » à propos de Sigmund. Il n’y a donc pas de sens à figer le leitmotiv et il faut tous les réexaminer. Il y a en fait beaucoup d’exemples où cela ne marche pas. Dans le cas de Sigmund on pourrait plutôt dire « chasse à l’homme » ou « fugitif ».
Même chose pour Albérich, thème de la souffrance+ adoration de l’or. Ce « renoncement à l’amour » réapparait dans la scène de Sigmund et Singlinde. Il faut trouver une signification commune à ces différentes apparitions. Or, dans les deux cas on est face à un choix existentiel. Pour Albérich c’est renoncer à l’amour et pour Sigmund c’est s’y jeter. Pour les deux personnages on est à un point de rupture. On pourrait dissocier et dire « choix existentiel » et « regret de l’amour ».
Autre exemple, la rédemption du monde par l’amour ou plutôt la « glorification de Brunehilde ». Il faut voir ce qui se dit dans le texte. Singlinde enceinte est sauvée par Brunehilde. De la part de la Walkyrie, c’est un amour de pure compassion, altruiste (le contraire d’un amour de désir et passion) : elle se sacrifie pour sauver une autre vie en prenant sur elle la vengeance de Wotan.
Il y a un arrière-plan symbolique chrétien dans Wagner. Brunehilde est glorifiée mais surtout fidèle à ses choix et Siegfried est sa « divine consolation ». Ce n’est pas vraiment un thème de la Tétralogie mais on annonce là la venue d’un héros. « Espoir sacré » est plus logique.
Autre leitmotiv la « Chevauchée des Walkyries ». En fait il y en a 2, celui de la chevauchée (naturaliste, galop des chevaux) et celui de la Walkyrie, plus mélodique. Parfois les deux se superposent. Il n’y a pas d’héroïsme de la violence chez Wagner. Le héros est aussi celui qui est déchu. Le leitmotiv de la Walkyrie est aussi fragile et vulnérable.
Ecoute de différents passages pour terminer.
Prélude du 3ème acte qui reprend la structure de l’opéra.
Scène entre Wotan et Erda où Wotan comprend que tout est terminé pour les dieux (thème Erda + Chevauchée).
Réveil de Brunehilde. Elle a peur, Siegfried aussi. Brunehilde est terrorisée par la peur, elle doit abandonner sa divinité pour accepter Siegfried.
Dernier extrait du Crépuscule. Brunehilde s’empare du thème de la Walkyrie. Tout derniers vers de Brunehilde après la mort de Siegfried, elle va se jeter dans le feu avec l’anneau. Les leitmotiv se mélangent : cri des Walkyries, enchantement du feu, espérance (rédemption…), Siegfried.
Marie-France Bachasson





