La révolution baroque (partie 2) : Orpheo de Monteverdi
A l’époque baroque la musique devient humaniste: elle se met au service du sens des mots. C’est l’apparition du madrigal dont le texte veut rendre les passions humaines, a contrario de la musique a capella. A Florence, grand centre musical, cela aboutit au mélodrame puis à l’opéra.
C’est une première révolution dans la musique. La polyphonie n’est pas oubliée mais on y ajoute la monodie accompagnée. La musique devient moyen d’expression de la vie intérieure.
Le grand homme de la synthèse est Monteverdi (1567-1643) né à Cremone, à cheval sur les 2 siècles. Il a été formé à la grande polyphonie vocale mais il absorbe tout ce qui se passe autour, à Mantoue et à Florence, et il va en faire une synthèse parfaite. Il ouvre la grande période baroque qui se fermera avec Bach.
Monteverdi a composé entre autres 2 messes, 8 livres de madrigaux. Il commence avec des madrigaux (5 voix a capella) qu’il va transformer: les 5 voix sont remplacées par des instruments ou autres comme le lamento qui devient une constante de l’art baroque et illustre les grandes
déplorations.. Il va vouloir exprimer les passions humaines (passion, haine, désespoir…), tout ce qu’il se passe est dramatisé. La douleur devient le grand thème du baroque, exprimée par le lamento (2 musiques, une qui pleure, l’autre qui commente).
Monteverdi est le premier grand compositeur de la musique baroque, qui va reprendre la thématique de l’opéra, à Venise en 1610. Venise va jouer un rôle fondamental pendant quelque temps. Monteverdi a composé beaucoup d’opéras mais la plupart ont été perdus (Restent surtout « Le Couronnement de Poppée », « le Retour d’Ulysse en sa patrie », et « l’Orfeo » qui a été écrit pour Venise mais a été d’abord donné dans les salons du duc de Mantoue, devant une assistance exclusivement masculine, en 1607. Un peu plus tard l’opéra sera donné devant des dames. A l’époque, Monteverdi est maître de chapelle de St Marc de Venise, poste le plus prestigieux après celui de la Chapelle Sixtine.
Orphée incarne les pouvoirs magiques de la musique qui va englober la musique ancienne et la nouvelle. C’est un chef d’oeuvre absolu car la musique et le livret écrit par Alessandro Striggio récapitulent la culture humaniste. On y trouve des ballets, des arias, des canzonettas, des
symphonias (morceau instrumental dans une cantate). Il reprend un concept des grands philosophes du 2ème siècle christianisés: le mythe d’Apollon (à la fois homme et dieu). A la fin Apollon vient chercher Orphée pour l’emmener au ciel. On retrouve la continuité avec la Renaissance.
Le livret est construit sur le modèle de la tragédie d’Aristote: 5 actes dont le 3ème est l’apogée. Le Prologue est aussi construit sur le même plan symbolique, en similitude à la construction de l’univers (chaque planète émet un son, les 7 planètes font 7 sons, les 7 sons de la gamme)
Chaque acte se termine par un choeur qui rappelle ce qui vient de se passer.
Acte 1 : Présente Orphée et Eurydice (qui paraît très peu dans l’opéra, mais on parle beaucoup d’elle!). Orphée chante l’hymne à Apollon qui l’histoire de son amour avec Eurydice.
Acte2 : s’enchaine avec le 1er. Sur le modèle de la tragédie antique on passe du bonheur au malheur. Au début grande pastorale, puis la messagère annonce le malheur: Eurydice est morte (c’est le centre de l’acte). Différents registres se juxtaposent dans un ensemble cohérent. L’oeuvre bascule dans le noir. L’acte finit sur un lamento (déploration) et une symphonia ritournelle entendue au 1er acte revient en transition avec le 3ème acte.
Acte 3 : Orphée décide d’aller chercher Eurydice aux Enfers et va voir Charon. C’est un moment stratégique et on entend l’embryon d’un grand air. Orphée veut faire céder Charon grâce au pouvoir de la musique. On a donc un catalogue de tous les chants de son temps pour émouvoir Charon. Dans chaque strophe l’instrument soliste est parallèle au sentiment (violon puis cor, harpe…) Charon répond par les instruments symphoniques des Enfers. C’est un air clé du 3ème acte. Puis la musique instrumentale réussit à endormir Charon, ce que n’avait pu faire le chant.
Acte 4 : Proserpine et Pluton ont observé la scène et sont touchés. Elle arrive à convaincre Pluton de laisser passer Orphée et Eurydice mais il impose à Orphée de ne pas se retourner. Orphée arrive content d’avoir fait céder Pluton et Charon, mais il doute qu’ Eurydice le suive. Il va outrepasser l’ordre de Pluton pour la regarder…et Eurydice meurt une seconde fois. L’erreur d’Orphie qui invoque l’amour contre Pluton: l’orgueil, l’arrogance humaine… en fait la faute d’Orphie est sa nature humaine avec tous les défauts de l’homme.
Acte 5 : Orphée, désespéré va maudire les femmes. La première version le faisait descendre aux Enfers. La version actuelle fait descendre Apollon des cieux pour venir chercher Orphée qui monte au ciel avec Eurydice. Fin plus conforme à un mélange antique et chrétien.




