“La musique commence là où s'arrête le pouvoir des mots.”

Richard WAGNER

Cercle Richard Wagner Annecy-Savoie

“La musique commence là où s'arrête le pouvoir des mots.”

Richard WAGNER

La révolution baroque (partie 1)

La période Baroque a une connotation péjorative en France, a contrario de l’Italie. Ce mouvement lancé dès le début du 16e s, point de départ de la Renaissance, est une révolution copernicienne dans l’art, notamment dans la peinture. L’Italie a préparé le terrain, car les artistes de cette époque étaient fascinés par les grands vestiges antiques, représentant l’âge d’or de l’Italie. Cette fascination est la base des nouveautés qui vont faire irruption.

Les peintures de la Chapelle Brancacci (ouverte en 1424) à Florence, en sont des exemples.

Elles traduisent la Pensée humaniste où l’homme occupe la place centrale. Florence sera un centre culturel essentiel. Une des peintures représente des hommes en profondeur, dans un paysage et un fond sans dorures, dans leur apparence réelle. Les personnages expriment des sentiments, des émotions, des gestes de la vie courante. C’est çà l’enjeu de l’art au 16s.

Sur le plan musical, la musique est restée à côté de cette évolution de l’art pendant quelques années.

Au 13e et 14es, siècles des cathédrales, c’est la musique polyphonique qui domine, en particulier en France. Notamment dans la musique profane où plusieurs voix se répondent en canon. On parle de joies d’amour, de tristesse…La musique doit suivre la poétique, et donne juste une couleur générale. Elle rejoindra le champ de l’humanisme au début 16eet fera en 50 ans ce que les autres arts ont fait en 100 ans. Les évolutions vont se faire dans la musique profane alors que la musique sacrée restera complètement destinée à Dieu, et aux prières.

Au cours de ces années baroques, des institutions de formation seront créées. L’école francoflamande enverra ces musiciens dans toutes les grandes chapelles. Ils imposent la grande polyphonie dite « Ars Perfecta ». Certains musiciens espagnols, italiens ,allemands se forment aussi au cours du 15e.

En 1500, apparaissent les madrigaux. Ces chants sont concomitants à l’édition de l’intégrale des oeuvres de Pétrarque qui fait redécouvrir cette poésie et un courant se crée dans les salons italiens autour de cette poésie. En 1530, on commence à les mettre en musique. Le 1er recueil de madrigaux paraît en 1530. Cet « Ars reservata » est réservé aux élites, surtout dans les cours d’Italie du nord. Les textes sont libres, sans forme. Cette liberté sera appréciée par les musiciens. Ce sont les compositeurs franco-flamands qui s’en emparent. (ex ; Philippe Verdelot qui composa beaucoup de madrigaux pour 4 voix qui furent très populaires. Adrian Willaert…). L’architecture sonore est admirable et permet de porter une attention particulière aux mots mis en musique, ce que les polyphonies ne permettaient pas de faire. 

Cyprien De Rore 1557 : Mia Benigna fortuna : extrait du 2e livre des madrigaux

Le texte comporte des mots clés, sur lesquels va se baser de la musique. Un nouveau langage d’illustration musicale apparaît le figuralisme. Sur certaines émotions, la musique descend, notamment pour exprimer la douleur, la peine, la tristesse. Elle remonte pour des émotions et sentiments plus gais. Des harmonies dissonantes peuvent aussi illustrer ces émotions, ce qui sera appelé « dissonances hurlantes ». Là encore, on assiste à une révolution sonore. Dans ces chants qui illustrent l’Art de l’intimité, les chanteurs vivent ce qu’ils chantent, ils n’ont pas d’indication des compositeurs mais doivent faire vivre l’oeuvre et pour cela, ils se positionnent toujours face à face pour se répondre. A cette époque, on est dans l’outrance, non dans la tiédeur, c’est un art méditerranéen.

Arrive ensuite la 3e génération des madrigalistes qui sont italiens. Monteverdi en est un des personnages importants. Il était maitre de chapelle de Saint Marc de Venise, poste prestigieux. Il compose de la musique profane, de la musique sacrée, et des opéras. Au cours de son travail, il va absorber les nouveautés et en fera la synthèse dans sa 2e partie de sa vie au 17es. Sa musique se fait plus vivante et intense. Il composera 8 livres de madrigaux.

Extraits du 4eme livre de madrigaux 1603, madrigal de la douleur

Plus tard, on saura faire cela avec des instruments. Cette musique instrumentale commencera à se développer au 17e et explosera au 18 e. Autre filière à Venise, République prestigieuse où les musiciens de l’école Franco-Allemande vont jouer. Les musiciens faisaient la même chose que les voix. Giovanni Gabrieli (1557-1612), faisait partie de cette école vénitienne, et il va plus loin en écrivant des parties spécifiques pour les instruments. Il est associé aux fastes musicaux de la Basilique San Marco. Il va illustrer dans ses compositions le 2e pilier de l’esthétisme baroque : le concerto qui permet aux voix de dialoguer avec les instruments. Voix et instruments s’enrichissent alors mutuellement. Ce principe va être repris par tous les compositeurs et se généraliser.

Gabrieli : Concertato in Eccelsiis

A Florence, depuis le début, ce fut le foyer initial de la renaissance. Une académie pluridisciplinaire, est fondée en 1570 chez le conte Bardi avec l’objectif de faire des recherches sur le théâtre antique, qui comprenait musique, poésie, et au final réunissait tous les arts. C’est la 1ere camerata, cénacle de poètes et de musiciens. Souvent, le théâtre antique était chanté. Les auteurs pensaient que la re- création de ce théâtre permettrait de faire vivre tous les arts dans une même oeuvre. Puis en 1580, l’académie se transporte chez le mécène florentin Corsi. On y trouve Vincenzo Galilei (Le père de l’astronome), Jacopo Péri, Giulio Caccini….

Cette recherche est passée par la monodie (1 seule voix) accompagnée d’instruments qui faisaient les accords (monodie accompagnée). Au final, cela aboutit à l’invention du mélodrame qui deviendra l’opéra. La musique se fait discrète pour sublimer le texte, et sera la base de tous les opéras, c’est l’invention du récitatif. Caccini sera l’un des compositeurs des premiers opéras « Euridice », ainsi que Peri , qui compose en 1600 un autre Euridice qui sera joué à l’occasion des noces de Catherine de Médicis et de Henri de Navarre.

Péri 1600 Euridice, Orphée vient d’apprendre la mort d’Euridice.

(Orphée était le parfait personnage pour ces opéras, car il pouvait par son chant charmer les animaux et ramener les morts des enfers) La musique soutient l’émotion, la polyphonie disparaît (basse continue : une seule ligne de note, aucune indication instrumentale.) on voit naître le lamento pour exprimer la douleur. Tous les opéras baroques contiennent des lamenti.

Caccini : extrait « Amarilli mia bella »

Caccini fait de la monodie hors du théâtre, édite 2 livres de nouvelles musiques d’avant-garde ce qui donne lieu à des controverses. La musique exprime alors des sentiments et pour soutenir ces émotions, les instruments changent. (luths, harpe, théorbe, ..) et il invente l’aria.