“La musique commence là où s'arrête le pouvoir des mots.”

Richard WAGNER

Cercle Richard Wagner Annecy-Savoie

“La musique commence là où s'arrête le pouvoir des mots.”

Richard WAGNER

Gustav Mahler et Richard Wagner : un modèle vivement admiré

Une conférence d'Isabelle Werck.

Mahler admirait beaucoup Wagner, mais que fait-il de son admiration pour lui ?

Il a 47 ans de moins que lui et ils ne se sont jamais rencontrés, n’ont pas eu d’échanges personnels. Ils ont en commun leur imaginaire, ce sont 2 hyper romantiques mais il y a une différence de génération.

Leurs musiques ont des couleurs différentes, celle de Mahler est plus pulsée, a des sonorités plus tonitruantes.

Comparaison de 2 tempêtes (forme musicale qui remonte à l’antiquité).

  • Ouverture du Vaisseau Fantôme de Wagner qui finit par un soulèvement chromatique de
  • Final de la 1ère symphonie de Mahler écrite un demi-siècle plus tard, d’une grande violence. Les éléments déchaînés qui symbolisent une révolte Grosse dissonance au début puis ressemblance avec une résonance chromatique de 4 notes.

De 1875 à1878 Mahler est à l’université de Vienne. Wagner revient diriger en personne Lohengrin et Le Vaisseau Fantôme alors que Mahler est étudiant. C’est une époque de bagarres entre wagnériens (étudiants) et partisans de Brahms (professeurs). Mahler, très ému, voit Wagner à l’opéra. Un jour que Mahler et ses amis chantent Wagner, ils se font virer par sa logeuse…

Le prélude de la Walkyrie est étonnant pour un opéra, déchainement de sons, un homme poursuivi par la tempête, cordes seules pendant 36 mesures, dissonances, les violons font des traits sonores, le motif du dieu du tonnerre est à peine entendu dans la tourmente.

Dans la tempête de Mahler les moyens sont beaucoup plus retenus : un parent pense à ses enfants décédés en écoutant la tempête.

Mahler est membre de l’association wagnérienne de 1867 à1869 mais il quitte ce cercle d’étudiants pour un cercle socialiste. Ses membres sont végétariens. Anecdote : Il déjeune dans un restaurant où il ne mange que des plats végétariens. Ses amis se moquent de lui, ils soudoient la cuisinière qui lui sert un bouillon de poule. Mahler apprécie sans le savoir…

Wagner meurt en 1883. Mahler éprouve une grande tristesse. Il écrit alors 6 adagios admirables répartis dans plusieurs symphonies. Il va à Bayreuth et dit que c’est la révélation de sa vie.

Mahler va beaucoup défendre les oeuvres de Wagner dans sa carrière de chef d’orchestre. Il dirigera les opéras à Prague, Budapest, Hambourg… Il a une liaison avec une soprano (Anna von Hildenburg) qu’il forme aux rôles wagnériens et qui deviendra une star. A Vienne il monte des productions wagnériennes. En 1903 la Tétralogie y est montée sans coupures, il en est le metteur en scène et le chef. Mais il ne dirigera jamais à Bayreuth car Cosima refuse de changer la mise en scène et en outre Mahler était juif. En 1907 il montera Parsifal à New-York malgré elle et l’oeuvre sera accueillie avec un grand succès.

Mahler n’écrit pas d’opéra mais il écrit beaucoup de lieder, environ 50, dans différents styles. Certains sont presque métaphysiques, il reprend à Wagner la notion de salut et de rédemption. L’art est le moyen de transcender la douleur.

Cantate « Des Klagende Lied ».

C’est une œuvre de jeunesse écrite à 18-20 ans mais qui ne sera créée qu’à ses 40 ans. Le « Chant qui porte plainte ». Le texte n’est pas dramaturgique, c’est plutôt une narration, comme une ballade. A l’origine il y a un conte populaire.

Argument :

Une jeune reine très belle n’accordera sa main qu’à un chevalier qui lui trouvera une fleur rouge dans la forêt. Un gentil prétendant trouve la fleur rapidement et s’endort au pied d’un arbre. Mais un méchant prétendant le tue. Son cadavre se décompose, plus tard un ménestrel trouve un os et en fait une flûte. Il va au château, joue de la flûte et révèle l’histoire tragique du jeune chevalier.

L’usurpateur s’enfuit, les gens aussi et le château s’écroule.

Il faut un grand orchestre avec solistes, choristes et il y a des parties difficiles dans la masse chorale. Beaucoup d’instruments aussi (harpes, percussions, cor anglais trombones, tubas…)

La cantate est en 3 parties mais à la création la 1ère est supprimée (elle est reprise maintenant dans les enregistrements).

Des étiquettes sonores correspondent aux personnages ( cf. les leitmotivs de Wagner ?), des références à la nature (motif de la forêt, chant des oiseaux), et un chœur qui commente (comme dans le théâtre antique).

2 chevaliers, un gentil et un méchant, avec 2 motifs différents (très heurté pour le méchant). Motif du gentil guidé par un oiseau, comme dans Wagner mais aussi dans beaucoup de contes.

2ème partie : le ménestrel.

Le prélude résume toute l’histoire (on y retrouve l’influence du prélude de la Walkyrie). Musique très médiévale. Le ménestrel est un personnage insouciant : long thème de la marche du ménestrel, nez au vent dans la forêt avec les oiseaux qui gazouillent.

Changement quand il trouve l’os. Le chant porte plainte quand il joue de la flûte. Vibration très wagnérienne de la harpe et voix d’enfant.

Le ménestrel va au château où ont lieu de grandes festivités, avec un petit orchestre bohémien qui joue un peu faux, qui annonce la fin. Le ménestrel se rend au château où sont célébrées les noces de la princesse. Beaucoup de percussions, traitement dramatique mais sans thème nouveau. Puis lamento et fin sur un accord brutal en la mineur.

En conclusion, Mahler montre que même avec une grande admiration pour Wagner on peut trouver son propre chemin. Le modèle a été assimilé pour en faire quelque chose de personnel.